Chaque année, les communes de France commémorent le jour du 11 novembre 1918, date où les combats de la première guerre mondiale prennent officiellement fin.

Deux discours ont été prononcés devant le Monument aux Morts du cimetière de Méru : l’allocution de Nathalie Ravier, Maire de Méru et l’allocution de Frédérique Leblanc, Conseillère départementale. Vous pouvez les lire ci-dessous.

 

Allocution de Nathalie Ravier, Maire de Méru

Nous sommes aujourd’hui rassemblés pour commémorer l’Armistice de 1918 qui met fin aux combats de la Première Guerre mondiale.

Je salue cette année encore l’implication de la Direction, du corps professoral et des élèves du collège Pierre Mendès France.

Depuis 2012, le 11 novembre est une journée d’hommage à tous les Morts pour la France.

Ce conflit revêt en effet une connotation particulière. 

Il est à l’origine de bouleversements géo – politique majeurs.

Il se distingue également

  • Par son ampleur
  • Par son caractère dévastateur
  • Par la nature des souffrances infligées.

Nous nous souvenons le 11 novembre de l’indescriptible bonheur de voir ce conflit se terminer mais les drames humains et le sacrifice d’une génération doivent rester dans nos mémoires.

Le 11 novembre 1918, résonnait en effet frénétiquement dans toutes les villes et les villages de France le son des cloches.

Mais le bilan est effroyable :

  • Huit millions de morts
  • Six millions de mutilés
  • Plus de 600 000 veuves de guerre en France mais aussi en Allemagne, 200 000 en Angleterre.

Le quotidien des tranchées : la mort en perspective probable et dans l’attente un enfer.

Un enfer tel que la raison de certains vacille.

Ainsi apparaît le terme « obusite » pour qualifier un état constaté chez de nombreux soldats.

Les symptômes atteignent le plus souvent les soldats des tranchées atteints par l’onde de choc d’une explosion.

Ces phénomènes éclairés des connaissances médicales modernes posent le diagnostic d’états post traumatiques.

Dans le contexte de l’époque, s’est ouverte une chasse aux simulateurs.

Ces soupçons conduisent des « médecins », je mets bien évidemment des guillemets, à endormir les patients pour démasquer la simulation supposée.

C’est ainsi que les soldats dénoncés par ces « médecins » toujours entre guillemets passent en conseil de guerre.

Les pertes humaines sont telles qu’en décembre 1915 constatant la pénurie de combattants Paul Doumer, futur Président de la République, se rend en Russie, alliée de la France pour demander au Tsar Nicolas II des renforts humains.

Quatre brigades sont ainsi envoyées représentant un contingent de 45 000 soldats.

Deux de ces brigades combattront sur le sol français.

Les pertes parmi les combattants russes vont être colossales.

Début 1917, les troupes russes commandées par le général Palitzine participent aux offensives meurtrières du Général Nivelle.

4 700 soldats russes sur environ 20 000 seront tués ou blessés.

Poussés par le souffle de la révolution russe, les soldats empruntent la voie de la rébellion, ainsi lors du défilé du 1er mai 1917, des banderoles surgissent avec le mot LIBERTE.

Inquiet de la contagion possible dans un contexte où les troupes françaises sont secouées par des mutineries larvées, le commandement déplace les soldats russes loin du front et les isolent dans le camp de La Courtine situé dans la Creuse.

Les manifestes de ces soldats cantonnés à Courtine dénoncent : « Dès notre arrivée en France, on a considéré le soldat russe non comme un homme, mais comme un objet utile et n’ayant pour seule valeur que sa capacité au combat. »

Bien évidemment, ces mots font écho.

Nos pensées nous conduisent bien évidemment à considérer la guerre menée à nos portes en Ukraine. 

Nous subissons les ondes de choc et les conséquences présentes et à venir ne cessent de nous horrifier et de nous inquiéter.

Dans les rangs russes, désobéissance et désertions se multiplient.

Passé et présent se croisent, dans les faits mais également dans les réflexions.

Le siècle des Lumières si bien nommé du point de vue de la pensée s’est emparé du sujet. 

Les deux tenants du débat sont la guerre est – elle un mal nécessaire ou une absurdité ?

Le secrétaire général de l’ONU déclarait récemment « La guerre au 21éme siècle est une absurdité. »

Autour de Voltaire, beaucoup s’accordent à dénoncer les puissants de se laisser emporter par leurs passions, leur orgueil, leur soif de pouvoir qui les conduisent à amorcer des conflits.

Dans Candide, le héros se trouve enrôlé poussé par son besoin d’argent et sa misère, comme aujourd’hui la majorité des soldats russes, la réalité s’impose à lui, effrayante et épouvantable.

Voltaire emploie l’oxymore suivante « une boucherie héroïque. »

Cette contradiction ne peut que nourrir notre réflexion.

Mon propos m’amène à prononcer les paroles de la Chanson de Craonne, je la dédis à tous les sacrifiés de toutes les époques, leur drame est intemporel :

« Adieu la vie, adieu l’amour,
Adieu toutes les femmes,
C’est bien fini pour toujours,
De cette guerre infâme,

C’est à Craonne sur le plateau,
Qu’on dit laisser sa peau,
Car nous sommes tous condamnés,
Nous sommes les sacrifiés. »

Merci

 

Allocution de Frédérique Leblanc, Conseillère départementale

En ce jour de souvenir et d’hommage à nos anciens combattants, je voudrais sortir de l’ombre l’espace de quelques minutes un combattant ordinaire, Albert Carbonnier, dont Joëlle Carbonnier-Oudard, épouse du petit-fils d’Albert Carbonnier, nous raconte l’histoire dans son ouvrage « Albert, un boulanger dans l’apocalypse de 14-18 », en s’appuyant sur ses nombreuses cartes postales envoyées à sa femme Renée et à sa famille.
Albert est né en 1889 dans la commune du Mont-Saint-Adrien. Lorsque la guerre éclate, il vient juste de se marier et d’acquérir une boulangerie à Bresles.

Joëlle Carbonnier-Oudard nous raconte, je la cite :
« C’est l’été 1914, le point d’orgue de la Belle Epoque, la promesse d’une aube nouvelle et l’insouciance des beaux jours. Les champs dorés de ma Picardie, parsemés de bleuets et de coquelicots comme chaque été, attendent la faux du moissonneur. Nos paysans veillent sur leurs cultures, car le temps presse de ramasser les récoltes devant l’imminence des orages. »
« Ce samedi 1er août 1914, à 16 heures, tous les clochers de France sonnent trois fois de façon sinistre : le tocsin donne le signal de la mobilisation générale. Le temps est lourd, la chaleur est étouffante, tout comme l’atmosphère régnant partout en France. Comme une réplique, ce son lugubre va résonner longtemps dans mes oreilles. »
« Je fais partie des 2,2 millions de réservistes qui vont rejoindre les presque 880 000 jeunes hommes déjà en caserne pour leur service dans l’active. Aux premiers jours d’août, nous sommes donc environ 3 millions 500 000 Français mobilisés. »
« Comme tous les appelés, je pense que cette guerre sera de courte durée et je dis à ma femme : ne t’inquiète pas pour moi, ma chère et tendre épouse, je serai là avant Noël. »

Albert est d’abord affecté comme boulanger dans la section COA (Commis et Ouvriers d’Administration) à la caserne Friant d’Amiens. Ce n’est pas une troupe combattante, c’est un organe d’exécution lié à l’intendance. Le pain est bien évidemment essentiel pour les soldats.
Mais en mai 1915, il est muté dans des unités combattantes au 149ème régiment d’infanterie qui fait partie de la fameuse division des Vosges.

Albert écrit à sa femme Renée
« Se sauver droit devant soi n’importe où, pourvu de quitter ces lieux sinistres où la mort nous guette à chaque instant »

Joëlle Carbonnier-Oudard nous raconte :
« En juin 1918, Albert Carbonnier reçoit la croix de guerre avec étoile de bronze et une citation pour faits d’armes.
Mais c’est le 1er octobre 1918 que tout bascule. Il est intoxiqué par un obus à gaz au chemin des Dames, puis évacué dans un hôpital ; »

Le 11 novembre 2018 il écrit  
« On parle que l’armistice est signé, mais je n’y crois rien tant que ce ne sera pas officiel. Il a couru tant de canards ces temps derniers ! enfin, je verrai dans quelques jours ce qui va se décider. »
Et puis « ça y est, on vient de nous le confirmer. L’ordre de cesser le feu a été donné. »
« Mais pour nous, Poilus, ce n’est pas fini, nous ne retournons pas immédiatement à la vie civile. Nous sommes encore des millions d’hommes sous les drapeaux au moment du traité de Versailles qui ne sera signé que huit mois plus tard.
Pour ma part, je serai démobilisé le 23 juillet 1919.
Mais la victoire, le retour au bercail, tout ce qui devait nous rendre heureux n’arrive pas à faire chavirer nos cœurs. Le souvenir de notre calvaire est toujours présent et traumatisant dans nos têtes et fait obstacle à des relations conjugales, familiales ou professionnelles normales.
Je suis devenu froid, enfermé dans un mutisme. Mes nuits ne sont faites que de cauchemars. 
Tout doit être reconstruit, les villes et les hommes. »

Albert sera boulanger jusqu’en 1924, puis il s’installera à Sainte-Geneviève jusqu’en 1946 et enfin à Marisel dans un quartier de Beauvais.

Il fait partie des 3 594 000 combattants Français blessés au front, auquel s’ajoutent 1 million 383 000 militaires morts ou disparus pour la France.
Ne les oublions jamais.